#194 • Gordon & MacPhail Highland Park 8 ans

43% alc./vol.
Distillerie Highland Park, Kirkwall, Orkney, Écosse

C’est dans une épicerie californienne que j’ai aperçu cette expression au tube de forme familière, où je me suis amusé tellement c’était drôle que l’embouteilleur indépendant Gordon & MacPhail tente d’imiter de façon aussi flagrante un emballage Highland Park.

Et bien qu’à cela ne tienne, c’était bien un Highland Park. De seulement huit ans d’âge, mais aussi à seulement 40$. Pas grand chose à perdre, surtout pour un malt aussi épique qu’un Highland Park.

Gordon & MacPhail est un embouteilleur indépendant qui opère depuis 1895, offrant un éventail d’embouteillages personnalisés provenant de grandes distilleries telles qu’Aberfeldy, Ardbeg, Caol Ila, Port Ellen et j’en passe. Ils sont aussi propriétaires de la distillerie Benromach.

Bien des gens auraient peur d’essayer un whisky aussi jeune n’étant pas embouteillé directement à la distillerie, mais bon parfois il faut y aller d’un jet de dés.

Mais comme le disait si bien le religieux, botaniste, intellectuel et écrivain canadien Frère Marie-Victorin, né Conrad Kirouac (1885-1944) :

Il faut toujours prier comme si l’action était inutile et agir comme si la prière était insuffisante.

Sa couleur est d’un jaune-chardonnay-doré-foncé. Aussi composé qu’un nom d’enfant de famille reconstituée.

Nez:
Des agrumes et du malt mielleux enferment une ultra-légère fumée de bruyère et de cuir. De subtiles notes de vanille et de mangue tentent de briller, mais ne parviennent pas tout-à-fait à percer l’épais brouillard d’alcool jeune.

Bouche:
Citron, malt grillé et poivre sont à l’arrivée, suivis d’un bois de chêne plus ou moins affirmé. C’est ici que la jeunesse de l’expression paraît le plus.

Finale:
C’est ici que le bât blesse dû au manque de maturité de ce whisky. Miel amer supporté par une petite fumée, mais noyé dans un torrent d’alcool juvénile.

Équilibre:
Un Highland Park à 40$, tout le monde voudrait ça, mais telle la faucheuse qui revient chercher son dû, il faut faire un sacrifice à quelque part. Un prix d’ami au détriment d’une maturation convenable. Il y a une raison pour laquelle la distillerie émet des embouteillages de minimum 10 à 12 ans. Le fait de laisser quelqu’un d’autre vendre des expressions inférieures nuit un peu à leur image.

Note: ★★★★★

#193 • Bowmore Legend

40% alc./vol.
Distillerie Bowmore, Bowmore, Islay, Écosse

Il y a quelques années, la distillerie légendaire Bowmore nous a offert un embouteillage visant à garnir la base de notre pyramide de whisky. Sans mention d’âge apparent, cette expression est la plus abordable de la distillerie, conçue pour que les néophytes mettent le pied facilement dans l’univers Bowmore. Les rumeurs veulent que ce serait un malt de huit ans d’âge.

Exclusivement vieilli en ex-fûts de bourbon, la jeunesse de ce single malt pourrait en effrayer plusieurs, mais la distillerie mise sur sa fougue et son prix pour séduire la foule.

Le consensus général est que bien qu’il est un peu faible au niveau de la richesse et de la complexité, le Legend demeure un rapport qualité-prix inégalé.

Comme le disait si bien le poète écossais Michael Bruce (1746-1767) :

La plus grande et la plus émouvante histoire serait l’histoire des hommes sans histoire, des hommes sans papiers, mais elle est impossible à écrire.

Assez pâle, à mi-chemin entre crème anglaise et fibre de banane.

Nez:
Bien qu’on les décèle tout-de-go, la tourbe et l’air marin de Bowmore sont là mais font preuve d’un peu trop de discrétion à mon goût. On poursuit avec une bonne dose d’herbe et de citron.

Bouche:
Miel et citron sont tout de suite au rendez-vous, soutenus par une maigre tourbe. Un évident manque de subtilité et de finesse trahit son jeune âge.

Finale:
Le citron et la tourbe humide restent passablement longtemps, tout en refusant de s’affirmer pleinement.

Équilibre:
Malheureusement à au moins quatre années-lumière du Bowmore 12 ans. Mais à ce prix il serait fort impoli de se plaindre.

Note: ★★★★★