#223 • Mackinlay’s Shackleton Rare Old Highland Malt • The Journey

47.3% alc./vol.
Whyte & Mackay, Glasgow, Lowlands, Écosse.

En 1907, l’explorateur anglo-irlandais Sir Ernest Shackleton mit les voiles depuis la Nouvelle-Zélande jusqu’en Antarctique dans le but ultime d’atteindre le pôle Sud. Bien que cet objectif ne fut malheureusement pas réalisé, plusieurs expériences scientifiques secondaires furent couronnés de succès.

Ce qui nous intéresse par contre, ce n’est pas le succès scientifique ou aventurier de treize hommes qui ont vécu deux ans en Antarctique, mais bien le fait qu’ils ont traîné avec eux un bon nombre de caisses de whisky, notamment un blend Mackinlay’s de 15 ans d’âge embouteillé en 1898. Lors de leur retour au bercail en 1909, ils en laissèrent trois caisses dissimulées sous leur refuge.

Fast-forward en 2010. Une équipe d’archéologues néo-zélandais retourne explorer le dît refuge de Shackleton (que vous pouvez aussi explorer ici. Merci Google!) et y découvre les caisses de whisky sous le plancher. Après avoir ramené une caisse en Nouvelle-Zélande pour la dégeler, on découvre que onze des douze bouteilles sont intactes. Trois bouteilles sont envoyées par avion dans une valise menottée à son porteur jusqu’en Écosse, plus précisément chez Whyte & Mackay, afin qu’un échantillon en soit prélevé, soigneusement via une seringue à travers du bouchon de liège.

C’est ici qu’entre en scène le master blender de la compagnie, notre pinchou bien-aimé Richard Paterson. Il utilise son expérience et son savoir-faire pour recréer, en utilisant des malts disponibles aujourd’hui, un blend qui se rapproche le plus possible de l’original. Étant donné que c’est la cabane de Shackleton et non pas le Club de Scotch Whisky de Québec qui est classé dans le patrimoine national de la Nouvelle-Zélande, nous nous contenterons aujourd’hui de la seconde édition de la recréation de Paterson.

Pour ce qui est de justifier sa place dans la dégustation ayant pour thème « Ces whiskys qui ont marqué l’histoire », et bien je pense que je n’ai pas besoin d’en dire plus.

Comme le disait justement lui-même Sir Ernest Shackleton (1874-1922) :

Si je n’avais pas une volonté de fer, je ferais un ivrogne de première classe…

Son teint de vin blanc très frais révèle une dignité issue de son fût américain.

Nez:
Toffee, bois et sherry fumé. Malt caramélisé et grillé. Noix et céréales. Fond de canne à sucre brûlée. Il s’en passe des choses ici.

Bouche:
Continuité agréable du nez. On reprend la canne à sucre et on vogue vers cassonade, pomme verte, malt fumé, noix. Épices et orange viennent ficeler le tout.

Finale:
Caramel, toffee et léger cuir s’étendent sur des notes d’épices langoureuses.

Équilibre:
Très bon et tout de même bien équilibré, mais on le préfère pour son histoire plutôt que pour son goût. Je ne m’en achèterais pas une bouteille, mais si j’étais en Antarctique et que c’était tout ce que j’avais, je me fermerais la gueule en tabarnac.

Note: ★★★★★

#221 • Abhainn Dearg Single Malt 3 ans

46% alc./vol.
Distillerie Abhainn Dearg, Uig, Île de Lewis, Écosse

S’il y a un first world problem récurrent dans le monde de l’écriture du whisky, c’est bien qu’il y a trop des whiskys à essayer en comparaison du temps que nous avons à coucher sur papier nos évaluations. Je vais donc faire ici un retour sur les expressions d’une dégustation du Club de Scotch Whisky de Québec du 22 avril dernier, portant sur « Ces whiskys qui ont marqué l’histoire ». Nous avons entamé la soirée avec un tout nouveau malt de l’île de Lewis en Écosse, le Abhainn Dearg Single Malt 3 ans.

Ce qui rend ce whisky si particulier et qui en fait un « whisky à histoire », c’est entre autres le fait que non seulement c’est le premier malt légal à être produit dans les hébrides extérieures, mais c’est aussi le premier en plus de 170 ans à quitter l’île de Lewis.

Comme le disait de façon si auguste mon regretté ami Sir Winston Leonard Spencer-Churchill (1874-1965) :

Un bon politicien est celui qui est capable de prédire l’avenir et qui, par la suite, est également capable d’expliquer pourquoi les choses ne se sont pas passées comme il l’avait prédit.

D’une extrême pâleur, on en tire deux hypothèses ; soit un vieilissement en fût de bourbon, soit une jeunesse flagrante. On nous informe que le second choix est juste.

Nez:
Nez très jeune et affranchi. Un fond de mélasse nous rappelle que nous ne sommes pas très loin d’un new make. Une myriade d’arômes, pommes, figues, chêne, herbe et fleurs pour finir sur une croûte de fromage coulant, un peu comme le Secret de Maurice.

Bouche:
Sucré et huileux à l’arrivée, surfant sur des notes de mélasse, de chêne puissant et de champ de fleurs. Un fond de céréales au miel et aux noix apaise un peu son côté fougueux.

Finale:
Légèrement fade, légèrement métallique. On garde longtemps l’impression de chêne neuf en bouche.

Équilibre:
Excellent choix au niveau du taux d’alcool. Ce n’est que le début, c’est un malt qui a avantage à vieillir bien plus. Plein de promesses.

Note: ★★★★★