#195 • Wild Turkey Forgiven

45.5% alc./vol.
Distillerie Wild Turkey, Lawrenceburg, Kentucky, États-Unis

Je lève encore mon chapeau à Pat pour cette mini d’anniversaire, tu es maintenant pardonné pour le Penderyn. Voici une expression spéciale de la distillerie Wild Turkey, le Forgiven.

Son mashbill étant composé de 78% de bourbon de 6 ans et de 22% de rye de 4 ans, le Forgiven est arrivé un peu par accident. En effet, un beau jour un employé très effrayé avoua au Master Distiller Eddie Russell qu’il avait par erreur versé des milliers de gallons de rye whiskey dans du bourbon qui vieillissait depuis près de six ans. Quand Russell y eut goûté et qu’il décida de l’embouteiller et de le vendre, le malheureux employé fut pardonné, d’où le nom de l’expression. Il y travaille encore à ce jour, car après tout dans l’industrie de la boisson, rien ne se perd.

Ils aiment bien dire qu’elle titre à 91 proof, ce qui veut dire 45.5% d’alcool, dans le langage du reste de la planète.

Comme le disait si bien l’acteur américain Joe Turkel :

Le pardon est plus qu’un sentiment, c’est une force qui déclenche d’admirables effets.

Couleur riche et cuivrée tel un porto, ça revient souvent.

Nez:
Peu vanillé, le chêne et le seigle semblent prendre le dessus sur le maïs. Une infime touche de cuir et de menthe l’arrondit un peu et lui confère un aspect plus travaillé.

Bouche:
Vanille épicée, cannelle et caramel. Après menthe poivrée et fût de chêne, tel l’Ouroboros on revient sur du caramel, légèrement salé cette fois-ci.

Finale:
Les épices s’étirent peu mais sont plutôt intenses par rapport à la durée de la finale. Comme quoi chaque fois qu’une lumière brûle deux fois plus, elle brille deux fois moins longtemps. Et vous avez brûlé on ne peut plus brillamment, Roy.

Équilibre:
Un heureux accident. La preuve que bien que les bourbons en général sont bons, il ne faut pas hésiter à parfois faire des mélanges audacieux.

Note: ★★★★★

#194 • Gordon & MacPhail Highland Park 8 ans

43% alc./vol.
Distillerie Highland Park, Kirkwall, Orkney, Écosse

C’est dans une épicerie californienne que j’ai aperçu cette expression au tube de forme familière, où je me suis amusé tellement c’était drôle que l’embouteilleur indépendant Gordon & MacPhail tente d’imiter de façon aussi flagrante un emballage Highland Park.

Et bien qu’à cela ne tienne, c’était bien un Highland Park. De seulement huit ans d’âge, mais aussi à seulement 40$. Pas grand chose à perdre, surtout pour un malt aussi épique qu’un Highland Park.

Gordon & MacPhail est un embouteilleur indépendant qui opère depuis 1895, offrant un éventail d’embouteillages personnalisés provenant de grandes distilleries telles qu’Aberfeldy, Ardbeg, Caol Ila, Port Ellen et j’en passe. Ils sont aussi propriétaires de la distillerie Benromach.

Bien des gens auraient peur d’essayer un whisky aussi jeune n’étant pas embouteillé directement à la distillerie, mais bon parfois il faut y aller d’un jet de dés.

Mais comme le disait si bien le religieux, botaniste, intellectuel et écrivain canadien Frère Marie-Victorin, né Conrad Kirouac (1885-1944) :

Il faut toujours prier comme si l’action était inutile et agir comme si la prière était insuffisante.

Sa couleur est d’un jaune-chardonnay-doré-foncé. Aussi composé qu’un nom d’enfant de famille reconstituée.

Nez:
Des agrumes et du malt mielleux enferment une ultra-légère fumée de bruyère et de cuir. De subtiles notes de vanille et de mangue tentent de briller, mais ne parviennent pas tout-à-fait à percer l’épais brouillard d’alcool jeune.

Bouche:
Citron, malt grillé et poivre sont à l’arrivée, suivis d’un bois de chêne plus ou moins affirmé. C’est ici que la jeunesse de l’expression paraît le plus.

Finale:
C’est ici que le bât blesse dû au manque de maturité de ce whisky. Miel amer supporté par une petite fumée, mais noyé dans un torrent d’alcool juvénile.

Équilibre:
Un Highland Park à 40$, tout le monde voudrait ça, mais telle la faucheuse qui revient chercher son dû, il faut faire un sacrifice à quelque part. Un prix d’ami au détriment d’une maturation convenable. Il y a une raison pour laquelle la distillerie émet des embouteillages de minimum 10 à 12 ans. Le fait de laisser quelqu’un d’autre vendre des expressions inférieures nuit un peu à leur image.

Note: ★★★★★